La théorie du restaurant

La théorie du restaurant

Toutes les fois où le groupe décide à votre place

Inscrivez-vous à Merci Alfred pour recevoir deux à trois fois par mois
un nouveau Topo ou une infographie vraiment marrante

Depuis le topo sur l'immortalité, on a bossé sur plusieurs sujets en parallèle... c'est pour ça qu'on a mis un peu de temps à sortir celui-là ! Merci à tous ceux qui nous ont filé un coup de main, et notamment aux participants de nos beerstormings : Aude (encore elle !), Aymeric, Lluis, Louise, Matthieu, Nicolas, Pierre, et Louis (qui a même rejoint l'équipe depuis). 

Temps de lecture : environ 15 minutes.



C'est quoi, la théorie du restaurant ? On va y venir... mais pas tout suite. On va d’abord commencer par un petit test. Et attention, il est assez balèze.

Voici des bâtons. Sur l'image de droite, quel bâton est de la même longueur que celui de gauche ?


 
On espère que vous l'avez. Parce que non, il n'y a pas de piège : c'est bien la réponse C.

Vous vous dites qu'il est vraiment trop simple, ce test ? Et pourtant : il y a un contexte particulier dans lequel 40 % des gens se trompent. Et ce n'est ni quand ils ont bu... ni quand on leur bande les yeux.

C’est quand ils sont en groupe.

Ce test, c’est une expérience sociologique super connue qui s’appelle le test de conformité de Solomon Asch.
 

Dans les années 60, ce psychologue américain a inventé toute une série d’expériences pour étudier la manière dont les choix d’un individu peuvent être influencés par l’appartenance à un groupe. A chaque fois, la méthode est la même : un sujet d’étude naïf (c'est à dire un mec qui ne connaît rien de l’expérience, ni de son but) est plongé au milieu d’un groupe d’acteurs qui, eux, ont tous été briefés à l’avance pour se comporter d'une certaine manière. Exemples :

Dans un ascenseur, 3 personnes montent et tournent le dos à la porte... comme si elles savaient que la sortie allait être de l'autre côté.
 

Dans une salle de réunion, tous les acteurs font semblant d’ignorer la fumée plutôt inquiétante qui arrive par dessous la porte...
 

Ou encore : dans un groupe, autour d'une table, des acteurs font semblant de croire que deux bâtons différents sont de même longueur.


Et pendant ce temps, l'individu qui pense avoir raison se demande s'il n'est pas en train de devenir fou...

Avec ces trois expériences, Solomon Asch a montré une chose : face à la pression du groupe, un individu seul préfère imiter le groupe (et donc se tromper)… plutôt qu’avoir raison tout seul. Pour le test des bâtons, c'est même le cas 4 fois sur 10...

Vous avez l’impression que ça ne vous concerne pas ? Vraiment ? Par exemple, ça ne vous est jamais arrivé de commander un truc au restaurant, puis de changer d'avis après que les autres ont choisi leur plat ? 

Parce que selon une étude (qu’on va détailler tout à l’heure), quand des gens commandent en groupe, ils sont 40 % à regretter le plat qui arrive dans leur assiette.

Alors quand même : il y a de quoi se demander...


1 / POURQUOI FAIT-ON AUTANT ATTENTION A CE QUE LES AUTRES PENSENT DE NOUS ?

La question de l’influence du groupe sur nos décisions individuelles, elle se pose tous les jours. Quand on s’habille le matin, quand on va en réunion, dans nos rapports avec les autres. Parce qu’en fait, notre cerveau ne pense pas seulement à nous. Il pense même très souvent aux autres :
 

C’est normal : il est programmé pour ça.

 
  • Le résultat de l'évolution : pourquoi le cerveau pense aussi aux autres

Vos grands-parents, on ne les connaît pas. Par contre, en remontant beaucoup plus loin, jusqu’à plusieurs centaines de générations en arrière et donc à vos grands-grands-grands (x100) parents... bah c’était à peu près les mêmes que les nôtres, et on peut vous dire au moins un truc : ils n’étaient pas misanthropes.

Et sans trop s'avancer, on peut aussi se dire qu'ils devaient ressembler à peu près à ça :
 

Le premier, c’est Grkkp, et l’autre, c’est Kvvst. Ils sont tous les deux très potes. Ce qu’ils aiment, c’est chiller dans la savane et s’envoyer une petite côtelette de mammouth de temps en temps. Un jour, ils sont en train de se balader peinard dans la pampa, quand ils aperçoivent un village.
 

Ce village, Grkkp est ravi de tomber dessus : la compagnie des autres, il adore ça. Alors que Kvvst, il préfère se la jouer cow-boy solitaire. Ce qu’il va se passer ? Grkkp va s'installer dans le village. Il va rencontrer Zsfggv, une charmante homo-sapiens. Grkkp et Zsfggv vont vivre heureux et avoir beaucoup d’enfants. Tandis que Kvvst, lui, il va rester tout seul dans la pampa...
 

Ce qu’on a essayé de vous raconter là, c’est une version très très accélérée de la sélection darwinienne. En ce qui concerne l’espèce humaine, cette sélection a favorisé une concentration d’individus qui avaient tous en commun une prédisposition sociable.

La théorie de Darwin, on résume souvent ça à “la loi du plus fort”. Mais c’est un peu plus compliqué que ça : c’est surtout que certains individus possèdent des caractéristiques qui vont leur permettre de se reproduire davantage que les autres. La principale différence entre Grkkp et Kvsst ? Grkkp, lui, est sociable. Il préfère vivre en communauté. Et ça lui donne un avantage comparatif énorme par rapport à Kvsst. D’abord, il va plus facilement rencontrer une partenaire. Plus tard, s’il est malade, il pourra compter sur la communauté pour le soigner. En cas de famine, ils partageront leurs provisions. S’il est attaqué par une autre tribu, les autres le défendront.

En classe de Terminale, quand vous lisiez Rousseau, vous appeliez ça “Le Contrat Social” : c'est à dire la réunion de ces facteurs qui font que la société devient un cocon favorable qui nous permet d’être en meilleure santé, d’avoir plus d’idées, de développer des nouvelles technologies, et donc d'améliorer notre espérance de vie…

En faisant le choix de rejoindre la société, Grkkp va donc plus se reproduire plus que Kvsst. Et si on compare leurs arbres généalogiques respectifs, ça donne ça :
 
Arbre généalogique de Grkkp :

 
 Arbre généalogique de Kvsst :

 
Ce qu’il faut retenir, c’est que dans l’histoire du développement de l’espèce humaine, il y a eu une prime à la sociabilité : les personnes les plus sociables ont été plus protégées par la communauté, et elles se sont donc davantage reproduites. La sociabilité, ça a donc été une condition du développement de l’espèce humaine… et quelque chose qui reste profondément ancré chez nous aujourd’hui.

 
  • L'hypothèse du Cerveau social

Si aujourd’hui encore, on reste aussi sensible à cette dimension sociale, c’est parce qu’elle est inscrite à l’intérieur même de notre tête : dans la configuration de notre cerveau. C’est en tout cas l’hypothèse d’un anthropologue anglais très célèbre : Robin Dunbar. Il a étudié les dimensions des cerveaux de plein de primates vivant en société, et il a constaté un truc : plus les espèces vivent dans un groupe important, et plus leur néo-cortex (la zone frontale du cerveau) est développé. C’est ce qu’il appelle la “social brain hypothesis”.

Heureusement, ça ne marche pas avec les amis Facebook... 

Le néo-cortex, c’est la zone du cerveau qui héberge l’intelligence émotionnelle : celle qui nous permet de décrypter les émotions des autres. Et l’être humain, c’est justement l’espèce qui possède le néo-cortex le plus développé. Au fur et à mesure que les descendants de Grkkp et Zsfggv se rassemblaient dans des villages de plus en plus grands, ils ont développé des émotions de plus en plus complexes. Comme par exemple celles-ci :

Quelques exemples d'émotions complexes :
(Et pour les comprendre, il vaut mieux avoir un sacré néo-cortex...)
 

Et on se retrouve donc avec un cerveau sociable, connecté, qui passe son temps à se demander s'il va être "liké"... C'est ce qui fait que, bien souvent, on préfère privilégier l’appartenance au groupe par rapport à la satisfaction individuelle.

 
  • Pour le cerveau, l'aval des autres, c'est comme une récompense

Non seulement notre cerveau est câblé pour être attentif aux sentiments des autres, mais en plus, il valorise leur assentiment. Ça, on en sait tous quelque chose. Ça vous rappelle forcément quelques mauvais souvenirs de collège :
 

Ces modes débiles, on y a tous succombé à un moment. Mais si vous vous trouvez vraiment l’air crétin quand vous retombez sur une photo de vous en 4e, ne vous en voulez pas trop... En 2010, des neuroscientifiques ont mené une étude qui explique pas mal de choses : ils ont constaté qu'à chaque fois que quelqu’un est d’accord avec nous, une zone du cerveau bien particulière s'active : celle qui est associée aux récompenses.

En gros : quand quelqu’un est d’accord avec nous, le cerveau réagit comme s’il avait gagné quelque chose.

Mais est-ce que c’est vraiment le cas ? Recevoir l’assentiment du groupe, à quoi est-ce que nous sert vraiment ?


2 / LE PROBLEME : LE GROUPE NE PREND PAS TOUJOURS LES DECISIONS QUI SONT BONNES POUR VOUS
 
  • Parfois, certes, il faut faire confiance au groupe

Suivre le collectif, jusqu’à présent, ça n’a pas si mal réussi à l’humanité. Cet esprit d’équipe, il est à l'origine de quelques trucs pas mal comme :
 

Mais il y a aussi cet autre exemple assez impressionnant de la force du collectif. Vous voyez cette jarre, là ?
 

Elle est remplie de haricots. A votre avis, il y en a combien à l’intérieur ?

Aucune idée ? Normal, c’est quasiment impossible à deviner. Enfin : c'est en tout cas impossible à deviner pour une personne seule. Mais dans le génial The Wisdom of Crowds, James Surowiecki parle de l'expérience suivante : quand on demande à une foule d’estimer le nombre de haricots dans la jarre, on s’aperçoit que plus la foule est nombreuse, et plus son estimation est proche de la réalité.

En gros : plus une foule est importante, et plus elle a raison.

Mais pour ça, il faut quand même respecter des conditions assez strictes.
 


 
Le truc, c’est qu’en réalité, ces quatre conditions sont très rarement réunies. Et quand elles ne le sont pas, eh bah… les groupes peuvent aussi aller dans le mur
 
 
  • Le groupe, il peut aussi se planter...

C’est le fameux exemple des moutons de Panurge. Dans un bouquin de Rabelais, Panurge est en voyage à bord d’un bateau, et il veut se venger d’un marchand qui l’a insulté. Il décide d’acheter un mouton au marchand, puis de le jeter par-dessus bord. Immédiatement, tous les autres moutons se jettent à l’eau derrière leur pote.


Panurgisme au XVIème siècle : des moutons qui sautent dans l'eau

Ça paraît très bête, hein ? Pourtant, ce mimétisme à l’extrême, qu’on appelle aussi le panurgisme, c’est aussi le mécanisme qu’on retrouve à l’origine des bulles financières… Et donc responsable de la bulle internet des années 2000 ou de la crise des subprimes de 2007.


Panurgisme au XXIème siècle : des traders qui se jettent à l'eau

 
Ce qu’il se passe quand ces conditions ne sont pas réunies ? Les individus se laissent influencer par les autres - et ils font des choix différents de ce qu’ils auraient fait individuellement.

 
  • Les choix du groupe ne sont pas toujours dans votre intérêt

Vous êtes au resto avec des potes. Votre plat arrive et, d’un seul coup : vous vous rendez compte que vous n’avez pas du tout envie du plat qui vient d'arriver devant vous. Pourtant, en entrant au resto, vous aviez une idée très précise de ce que vous vouliez… mais impossible de vous en rappeler.

Qu’est-ce qu’il s’est passé ?

Entre temps, vous avez passé une commande collective. Et il y a un chiffre assez dingue sur ce qu’il se passe quand on commande en groupe au restaurant. Il vient de cette étude de Dan Ariely et Jonathan Levav : the Beer Study, dans laquelle ils comparent deux groupes différents. Les participants du premier groupe commandent à boire en écrivant sur un papier ce qu’ils veulent - sans en discuter avec les autres. Les autres commandent par oral, les uns à la suite des autres.

Les résultats, ça donne ça :

C’est à dire que quand on commande en groupe, on regrette son choix 3 fois plus souvent que quand on commande seul.

Et c'est ça qu'on va essayer de creuser avec la théorie du restaurant.
 
  • La théorie du restaurant

L’influence du groupe sur nos décisions, elle est constante. Mais surtout, elle peut prendre plein de formes différentes - ça dépend des gens, mais aussi des moments. Il existe en fait 4 manières principales de réagir à l’intérieur d’un groupe.

Et pour l’expliquer, ce soir, on a organisé un dîner de stars :
 

Napoléon, Charles Ingalls, Marilyn Monroe et C-3PO : ils sont tous là, et ils sont hyper contents d’être ensemble (depuis le temps qu’ils se disaient qu’il fallait qu’ils se l’organisent, ce dîner…).

Ils se sont donnés rendez-vous dans un steakhouse - c’est Napoléon qui a insisté, d’ailleurs. Et dès que le serveur arrive, c’est lui qui commande le premier : il prend une côte de boeuf pour deux personnes… rien que pour lui. Charles Ingalls demande à Marylin ce qu’elle veut manger, mais elle préfère attendre que les autres se décident avant de commander. C3PO repère une viande japonaise pas très connue sur la carte : il décide de prendre ça, ça lui fera une anecdote marrante à raconter. Charles opte finalement pour un plat classique - un steak-haricots verts. Et Marilyn, maintenant que tout le monde a choisi, prend comme Charles.

Ce qui est marrant, c’est qu’en fait, au départ, ils étaient au moins trois à avoir envie de la même chose : un steak frites. Sauf qu’au final, aucun d’entre eux n’a commandé ça. Pourquoi ?

Napoléon, Charles Ingalls, Marilyn Monroe et C3PO : à l’intérieur du groupe, ils ont tous un but différent. Et ils ont chacun adapté leur préférence initiale en fonction de leur objectif. Si on rentre un peu dans la tête de chacun, ça donne ça :

Napoléon, le leader individualiste
Son objectif : s’affirmer comme leader
Ce qu’il se dit : "Faut que je leur en mette plein les yeux !"
Ce qu’il va commander : un plat pour marquer les esprits 


C3PO, l’expert/geek
Son objectif : se distinguer par son expertise
Ce qu’il se dit : "Y’a encore Napoléon qui se la pète à côté. Faut que je trouve un moyen décalé de me faire remarquer..."
Ce qu’il va commander : un plat original que personne d’autre n’a commandé


Charles Ingalls, celui qui déteste être déçu
Son objectif : minimiser les risques
Ce qu’il se dit : "Et si le plat de Napoléon et C3PO a l'air plus appétissant que le mien ??"
Ce qu’il va commander : le plat qu'il pense le moins regretter... et il va donc commander comme d’habitude.


Marilyn
Son objectif : s’intégrer dans le groupe
Ce qu’elle se dit : "Oh là là c'est l'angoisse tout le monde va me juger en fonction de ce que je vais commander !"
Ce qu’elle va commander : elle va attendre que tout le monde ait choisi pour prendre, parmi les commandes des autres convives, celle qui se rapproche le plus de ses goûts à elle. 


En gros, il y a deux axes qui font que, en groupe, on s’éloigne de nos préférences individuelles :
- on veut soit s’intégrer au groupe (faire comme tout le monde), soit se distinguer (ne surtout pas faire comme tout le monde).
- on veut soit essayer un truc nouveau, soit éviter à tout prix la déception.

Si on positionne ces deux tendances sur un graph, ça donne ça : 
 

Ces archétypes, ils ne caractérisent pas seulement des personnes - mais plutôt des situations. Ça veut dire que ça change en fonction des différents groupes auxquels on appartient : on peut être Marilyn en famille, Napoléon avec ses potes du foot’, C-3PO en rencard...

Dans tous les cas, le groupe va influencer vos choix d’une manière différente à chaque fois. Que le groupe nous dicte nos choix, à la limite, pourquoi pas… La question, c’est de savoir à quel point la pression du groupe nous éloigne de nos vrais goûts… et de ce qu’on veut vraiment.


3 / COMMENT PRENDRE LES DECISIONS QUI SONT BONNES POUR VOUS ?

Adapter ses choix pour le bien du groupe : ça, s'appelle faire des compromis, et c’est la base de la vie en communauté. C’est pour ça que faire partie d’un groupe (que ce soit une entreprise, une équipe de sport ou un couple), c’est toujours frustrant à un moment. La question, c’est de savoir quel niveau de frustration je suis prêt à accepter pour rester dans le groupe.

Ou encore : quels sacrifices suis-je prêt à faire pour rester dans le groupe ?

 
  • L'exemple du couple et du DVD

Ce soir, Jules et Clémence veulent regarder un film. Jules a très envie de revoir The Expendables II (il adore). Clémence, elle, elle préférerait une comédie romantique, genre Never Let Me Go. Sauf que Jules n’a pas du tout envie de voir le film de Clémence, et que Clémence, The Expendables... elle en a sa claque.

Leurs options ressemblent donc à ça :
 

1 - ils choisissent The Expendables II. Jules est très content, Clémence pas du tout.
2 - ils choisissent Never Let Me Go. Clémence est très contente, Jules pas du tout.

Mais bon, Jules et Clémence sont amoureux (en plus, ils viennent de se marier, là, en septembre ! c'était génial, d'ailleurs). Et ils tiennent à préserver l’harmonie au sein de leur couple. Alors ils vont tous les deux accepter de voir un film qui leur fait un peu moins envie… mais sur lequel ils seront d’accord. Du coup, ce soir... ils vont (encore) regarder Bienvenue chez les Ch’tis.
 

En groupe, on fait ça tout le temps : on cherche le consensus qui va satisfaire le plus grand nombre. Et ça peut être très bien ! Tant que vous n’avez aucun problème à sacrifier un peu de votre satisfaction au bénéfice du groupe, c’est cool : ne changez rien. Mais à partir du moment où ça génère de la frustration… c’est là qu’il faut se poser des questions.

Et là, vous avez deux options principales : essayer de rester libre de vos choix même au sein du groupe… ou carrément quitter le groupe.

 
  • Première option : rester libre de ses choix, même au sein du groupe

C'est avant tout une question de techniques et d'état d'esprit. 
  • Rappelez-vous de vos choix

On sait toujours ce qu’on veut vraiment. Le plus dur, en groupe, c’est de s’y tenir. Pour ça, que ce soit au resto ou en réunion, c'est tout bête : notez votre idée de départ sur un papier (c'est d'ailleurs une technique de management de plus en plus utilisée pour arriver à de meilleurs résultats en réunion). Et tenez-vous y. Ou si vous évoluez, comparez sans cesse votre nouvelle aspiration à votre projet initial.
 
  • Faites un break

Ce soir, vos potes vous ont traîné dans un bar. Mais clairement, vous êtes crevé et vous n’avez pas du tout, du tout envie d’être là. Rentrez chez vous : personne ne vous en voudra.
 
  • Essayez des trucs nouveaux

Au resto, une bonne manière de ne pas se laisser influencer par le groupe, c’est de choisir un truc que vous, vous ne connaissez pas. Parce que ça, ça ne dépend que de vous... et ce n'est donc pas un choix que vous ferez par rapport aux autres. En plus, une nouvelle expérience, c’est toujours ça de pris.
 
  • Fiez-vous à vous-mêmes

Faire ce que personne ne fait, tout le monde vous dira souvent que c'est une mauvaise idée... Mais ça peut aussi en être une très bonne : c'est quand même comme ça, en général, qu'on innove. Donc si vous êtes convaincus d'un truc, croyez-y. Enfin, surtout : croyez en vous. 


 
  • Deuxième option : quittez le groupe - vous n'avez rien à perdre

Pourquoi est-ce qu’à chaque fois, on accepte de se laisser influencer par le groupe ? C'est parce que, fondamentalement, on a toujours peur d'être exclu du groupe. C'est une sorte de réflexe primitif. Sauf que cette peur-là, de nos jours, elle n’est plus du tout fondée. Voilà pourquoi :
 
  • Des groupes, il y en a plein

Depuis l’histoire de Grkkp et Zsfggv, la situation a quand même pas mal évolué. Eux, à l’époque, ils n’avaient pas 10 000 choix de groupes. Leur monde ressemblait à ça :
 

Se faire exclure du village, c’était un vrai risque : on se retrouvait à poil dans la pampa. Aujourd’hui, c’est complètement différent. Des groupes, il y en a plein, et on appartient même à plusieurs en même temps. Notre monde, il ressemble plutôt à une sorte de Disneyland avec plein de quartiers où sont concentrées plein de tribus différentes :
 
 
  • On surestime ce que l’on a... et on sous-estime le reste

Daniel Kahneman, le prix Nobel d’économie dont on avait déjà parlé dans le Test du marshmallow, parle souvent de l’endowment effect : on valorise toujours ce que l’on possède davantage que ce que l’on a pas. Cette aversion au risque, elle explique qu’on préfère souvent rester dans un groupe plutôt que d’aller dans un autre. Sachez donc qu’on sous-estime toujours ce qu’on pense trouver ailleurs - c’est automatique.



Pour finir, on veut quand même rassurer quelques personnes. Familles, amis, collègues : on vous aime ! Le but de ce Topo, c'était surtout de prendre conscience que parfois, on accorde beaucoup trop d'importance à ce que les autres attendent de nous - parce que notre instinct nous pousse toujours à rechercher le consensus. 

D'où notre dernier message : que vous soyez plutôt Napoléon, Charles Ingalls, C-3PO, Marilyn, voire les quatre à la fois, ou encore même quelqu'un de complètement différent...

Ecoutez-vous. Vous avez plus souvent raison que vous ne le pensez.

 




-----------------

Ce topo, ça vous a parlé ? Ou au contraire, vous n'êtes pas du tout d'accord ? Dites-le nous ! On a ouvert les commentaires spécialement pour ça, et on serait ravis d'en discuter. Ça se passe juste là, en bas.

Et si vous avez des idées de sujets, ou envie de bosser avec nous, comme d'hab' : on a toujours besoin de coups de main ! Alors écrivez-nous.
Topo, n.m., {escalade} : guide utilisé par
les alpinistes et décrivant la voie
pour atteindre le sommet.
_

Inscrivez-vous à Merci Alfred pour recevoir deux à trois fois par mois
un nouveau Topo ou une infographie vraiment marrante

06-01-2016
Partager